le monde comme armoire Ikea


Incapable de reconstituer le ciel du puzzle, même partant d’un angle,

Tout est éparpillé, brisé, éclaté sur le tapis, le chien a joué avec les pièces, a répandu les choses entières, morceau par morceau ; ici, là, sous la commode un peu, sous le fauteuil un peu
Qu’importe l’éparpillement
tout est pareil,
panneau de particules, feuille de mélamine,

Nous achetons du semblant, nous simulons l’unité ; nous savons le merdique et nous croyons au bois, en achetant la semblance nous achetons l’unité, nous achetons l’hypothèse que les choses puissent encore se ressembler, nous achetons la fiction de notre bon goût, de ce que ce bon goût serait si nous en avions les moyens..
alors que
alors que

Ici prendre du bois, le briser, l’éparpiller, le mélanger pour le rendre rentable, pour du moindre rebus faire une armoire, puis l’agglomérer de colle (aux effets incertains), mais cela ne suffit pas, cela d’apparence ne suffit pas non plus.
Je n’achète pas du bois, je n’achète pas un meuble en bois, je le sais. La convention fait que j’accepte de payer ce prix pour qu’on me donne une métaphore de bois, une fiction de bois, où des résidus hétérogènes agglomérés de colle seront recouverts d’une plaque plastifiée reprenant les motifs du bois tel qu’il doit se ressembler.
C’est pour cela que nous payons, que nous croyons ne pas payer cher.
(Avoir réussi à faire croire qu’une journée entière dans une zone commerciale avec des milliers d’autres soi, ce n’était pas payer cher, c’est admirable)

Nous avons ce rapport-là au monde,
Nous achetons tous les jours la fiction de son unité et de sa cohérence, c’est la seule chose que nous ayons les moyens de nous offrir, un monde Ikea.

Marchand-marché tout m’est proposé, pro-po-sé ; cela ainsi cela, la totalité manquante, la grille perdue : une carte de fidélité.

Cependant dans l’armoire branlante qui assombrit le bureau, il y a encore du bois, même gluant de colle toxique.

Dans cet espace de semblance éparpillée, d’éclatement évidé, demeurent des traces, à ordonner ;
En prenant les choses là,
où elles sont.

texte et image (sauf si mention) : Pierre C. - 3 août 2011




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