rue Vilin, samedi dix-neuf octobre deux mille huit


Samedi 19 octobre, vers 15h, soleil

La rue est regardée depuis la rue des Couronnes

La section de Paris allant du 29 de la rue des Couronnes la rue Julien Lacroix, est nommée rue Vilin, personne ne peut y habiter, il n’y a pas de numéro.

A chaque extrémité des tiges de métal marron interdisent l’accès aux voitures.

Deux panneaux de signalisation sont presque entièrement recouverts d’affiches politiques, du NPA, du PC, de la LCR, du PRS, déchirées et inscrites. Sur le côté démonté de l’un des panneaux, un autocollant avec un code barre et un titre" le mariage et l’islam".

Le côté droit, anciennement pair, est occupé par un unique immeuble en trapèze de six étages avec toit terrasse.

Au rez-de-chaussée, à l’angle de la rue des Couronnes et de la rue Vilin, un centre d’imagerie médicale propose dans un cadre blanc sur la vitre : radiologie, mammographie, échographie, doppler, densitomètrie, scanner-irm. Au-dessus, deux séries de balcons font des sourcils.

Sur la longueur de la rue, les balcons de béton blanc s’ondulent en vagues crantées. Des jardinières en plastique marron, certaines pleines de géraniums rouge vif.

À l’extrémité du premier étage un amas d’épais tissu rouge recouvre ou protège quelque chose, peut-être un canapé pour les beaux jours.
Toutes les fenêtres accessibles depuis la rue sont protégées de barreaux, aucune porte.

L’immeuble est recouvert de petits carreaux blancs, d’usure diverse.
Une plaque, rue des Couronnes indique la date de 1992.

Le côté gauche de la rue est coupé en son milieu par une venelle nommée "cité de Gênes". L’espace allant du 29 de la rue des Couronnes à ce passage est occupé par un seul immeuble d’habitation. À l’angle : balcons en rotonde. Effet d’ondulation le long de la rue, béton jaunâtre, grilles aux fenêtres, une plaque date : 1986-1988.

Au-delà de la "cité de gênes", un square avec fontaine, bordé de grillage vert, sans nom.

A l’intersection avec la rue Lacroix, des enfants entrent vite à vélo, tachant de faire des bruits de freinage dans le virage.

Des lampadaires marron à bulbe blanchâtre translucide, des arbres dans des carrés de ciments, un chien noir y fouine.

Un couple récupère une moto attachée et part doucement.

Au niveau du croisement avec la rue Lacroix, la rue Vilin est pavée sur un mètre.

Après, c’est le parc de Belleville, l’axe de la rue Vilin s’y poursuit, puis une suite d’escalier bordés de buis. En haut, au croisement de la rue des Envierges et de la rue du Transvaal, il y a une belle boulangerie ocre. En se retournant on voit Paris et une plaque d’information indiquant que le parc de Belleville a été réalisé en 1988 "proposant 4,5Ha d’espace vert dans un quartier qui en manquait cruellement".


la rue Vilin c’est Perec, dans W et l’infra-ordinaire

par ailleurs

la rue Vilin par Pierre Getzler en juin 1970

la rue Vilin par Michel Sfez en octobre 1984

le dossier Perec sur remue.net

et si l’un ou l’une détient "en remontant la rue Vilin" sur son disque dur, c’est avec plaisir

texte et image (sauf si mention) : Pierre C. - 14 janvier 2009



    En remontant la rue Vilin
    9 mars 2011 _

    La rue Vilin, c’est aussi Robert Bober.

    "C’est le surlendemain de la mort de Georges Perec, en mars 1982, que Robert Bober se rend rue Vilin.
    C’est dix ans plus tard, en 1992, qu’il réalise En remontant la rue Vilin.

    Georges Perec et Robert Bober étaient amis et avaient travaillé ensemble : mieux, ils s’étaient connus autour de projets cinématographiques. Ce fut Récits d’Ellis Island (1978-1980), projet qu’ils ont porté ensemble (idée de Bober, textes de Perec, film de Bober et Perec). Quelques années plus tôt, c’est déjà un projet de film de Bober, en même temps qu’un livre de Perec,
    W ou le souvenir d’enfance, qui les fait, en 1975, se rencontrer.

    ...

    En remontant la rue Vilin est (...) une belle et décisive contribution aux questions que pose au cinéma tout projet de « filmer la mémoire »."

    Invitation à la lecture de l’article de Jacques Lemière :
    http://ustl1.univ-lille1.fr/culture/publication/lna/detail/lna48/pgs/lna48p35.pdf



    rue Vilin, samedi dix-neuf octobre deux mille huit
    13 janvier 2012, par Nicolas83 _

    Bravo et merci pour cet article, ça fait toujours plaisir de voir des choses comme celles-ci. On voit tellement de bêtises à droite et à gauche sur internet que quand on tombe sur un billet comme le votre on se doit de le dire. C’est pourquoi je me suis permis de déposer un commentaire, chose qui n’est pas des mes habitudes, mais là ça valait le coup. Merci.




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6 août 2011 // mer concave
29 juillet 2011 // Ne pas y arriver (à partir de Pynchon)
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